Blue Soave : un triptyque bleu signé Karine Belluteau

Grâce à Rhapsody In Blue, l’éclectique Karine Belluteau a tutoyé les sommets avec Blue Panis (en tant qu’éleveuse) avant de réaliser son rêve avec Blue Soave (en tant cette fois qu’éleveuse et propriétaire). Récit d’une ascension spectaculaire qui débute à Gémozac, passe par Pompadour avant d’atteindre Longchamp.

Existe-t-il plusieurs Karine Belluteau ? Dimanche 9 septembre : la journaliste de Paris-Turf, Karine Belluteau, n’est en tout cas pas à Dax ou dans son Sud-Ouest natal pour couvrir les événements de sa région. Dimanche 9 septembre : l’éleveuse-propriétaire, Karine Belluteau, est en revanche à Paris (avec son compagnon Christophe Gustave) pour soutenir Blue Soave et assister à sa victoire dans le Prix du Pin (Gr.3). Non, en fait, « there’s only one » Karine Belluteau dont la tête est suffisamment bien faite pour supporter plusieurs casquettes (celle de journaliste, d’éleveuse et de propriétaire de chevaux).
 
 
Karine Belluteau et Christophe Gustave avec Thierry Thulliez
 

Une Success Story made in Charente-Maritime
 
La victoire de Blue Soave constitue naturellement  un moment singulier pour cette passionnée qui n’est pas issue du sérail : « Mes parents adoraient se rendre sur l’hippodrome de Gémozac, tout près de chez nous. C’est dans leur sillage que j’ai contracté le virus. Sans Gémozac, ma vie professionnelle aurait peut-être connu une autre orientation. »
Tombée dans la marmite, la jeune femme ne cherchera jamais à en sortir («être journaliste hippique m’a permis dans un premier temps d’assouvir ma passion pour les chevaux et les courses, mais je voulais déjà devenir éleveuse »).
 
 
Magnifique « jaune et blanc », Blue Soave va remporter le Prix du Pin (Gr.3)
 
 
Correspondante de presse à 20 ans, cette grande collectionneuse de « Courses et Elevage » franchira son Rubicond personnel dix ans plus tard : « Mes parents ayant pris leur retraite, je me suis installée sur leur exploitation (dédiée aux vignes et aux céréales) pour y développer mon activité d’élevage. Naturellement, cela a nécessité quelques sérieux aménagements (sourire). »
 
A la tête, avec Christophe Gustave, du Haras des Petits Champs, qui abrite désormais dix poulinières, « Kabé » (son surnom à Paris-Turf) n’a pas tardé à connaître une certaine réussite, grâce à une habile politique d’achat et une science infuse des croisements, comme le montre l’aventure Rhapsody In Blue-Blue Panis-Blue Soave. Habituée à relater les contes de fées vécus par les autres, elle narre ici et en trois temps-trois chevaux son « rêve éveillé » : 
 
 
Rhapsody in Blue, entourée de Christophe Gustave et Karine Belluteau
 


Rhapsody In Blue (née en 1995, poulinière au Haras des Petits Champs): La Marquise de Pompadour
 
« Rhapsody In Blue est la mère de Blue Panis (qui nous a fait connaître) et de Blue Soave (qui m’a permis de réaliser mon vœu : gagner un groupe). J’ai découvert Rhapsody à Pompadour, un jour où j’étais de reportage. Elle participait alors (et je ne le savais pas) à sa dernière compétition. Ce qui m’a plu chez elle ? Son père, d’abord. J’avoue avoir un faible pour Bering, qui est un peu mon cheval de mon cœur. Je souhaitais ardemment avoir une de ses poulinières. Au rond de présentation, j’ai plutôt été emballée par son physique. Je trouvais, par ailleurs, qu’elle était issue d’une bonne lignée maternelle et avait aussi des références en courses. Rhapsody in Blue est passée une première fois aux ventes, mais elle était alors pour moi hors-budget. J’ai pu finalement l’acheter 28.000 francs lors de son deuxième passage aux ventes d’hiver de Deauville 2001 (j’aime beaucoup cette session où l’on peut trouver de très bons rapports qualité-prix). Rhapsody a une particularité : elle transmet à ses produits les caractéristiques de leurs pères. Blue Panis est très Panis, Blue Soave ressemble à Soave. Nous avons encore pu le constater récemment avec une autre fille de Rhapsody, issue de Le Havre. »
 
 

Blue Panis (né en 2007, produit de Panis/Rhapsody In Blue, élevé par Karine Belluteau) : La gloire à distance 
 
« Panis est un étalon d’Alain Chopard (un professionnel que j’admire) qui a très vite attiré mon attention. Il faut dire que les résultats obtenus par les produits de sa première génération étaient assez impressionnants. Issue de Panis et Rhapsody, Blue Panis a trouvé acquéreur aux ventes d’octobre à Deauville et a ensuite réalisé une très belle carrière (quatre victoires et une deuxième place dans un Gr.2 aux Etats-Unis). Je n’ai malheureusement vécu aucune de ses victoires en direct, étant à chaque fois retenue par d’autres obligations. Mais, néanmoins, j’ai pu le suivre de près grâce à Fabrice Chappet (son entraîneur), Gérard Augustin-Normand (qui en a été longtemps propriétaire) et Sylvain Vidal. Ses performances m’ont procuré de grandes émotions et c’est aussi grâce à Blue Panis que j’ai pu rencontrer ces trois personnes avec lesquels je collabore. »
 
 
Blue Panis, le 1e champion de Karine Belluteau
 

Blue Soave (né en 2008, produit de Soave / Rhapsody In Blue, élevé par et propriété de Karine Belluteau) : Le rêve qui prend forme
 
« Le père de Blue Soave, Soave, est un étalon qui a été longtemps sous-estimé (il l’est beaucoup moins désormais). J’ai pu le constater au moment de mettre en vente Blue Soave, qui a été refusé par Arqana et qui n’a pas trouvé acquéreur aux ventes Osarus. Je souhaitais le vendre 30.000 euros et l’enchère n’ayant pas dépassé 13.000, j’ai donc décidé de le racheter 14.000 euros. Naturellement, je ne m’en plains pas (sourire). Ma belle-sœur, Christelle, en possède une part.
Je crois qu’il y a une forme de continuité entre Blue Panis et Blue Soave. La carrière de l’un ayant sans doute influé sur la carrière de l’autre. Nous n’avions pas d’entraîneurs en plat et compte tenu de ses résultats et de notre passé commun, le choix de Fabrice Chappet s’est naturellement imposé. J’ai très vite senti qu’il ferait une bonne carrière. Il a certes connu des soucis à 2 ans, devant être castré, mais je ne doutais pas de ses capacités. Sa victoire dans le Prix du Pin me permet de remporter une course de Groupe. Ce qui était mon rêve. Il faut aussi le préciser : Thierry Thulliez, son partenaire, a joué un rôle déterminant dans son ascension, étant toujours de bon conseil. Auparavant, Blue Panis et Blue Soave m’avaient déjà offert un beau cadeau, le jour du Diane 2011. Le premier courrait dans le Prix du Chemin de Fer du Nord, le second dans le Prix Paul de Moussac. Cela aussi, c’était géant, vous imaginez ? »
 
 
Blue Soave lors de son passage aux ventes de yearlings Osarus de la Teste, où il a été racheté 14.000 €.
 
 
Oui, on l’imagine. Enthousiaste, Karine Belluteau n’est, par ailleurs, pas peu fière de hisser les couleurs de sa région natale : « Alain Chopard le démontre depuis quelques temps déjà, et la réussite de Blue Soave le confirme : Il est possible d’élever des chevaux un peu partout et pas seulement en Normandie. »