GAGARIN’S MOON, UN « PUR » AYANT POUR TANTE UNE « DIANE » DES ANGLOS À 37.5% !

En s’attardant sur le pedigree du « pur » Gagarin’s Moon, vainqueur hier pour ses débuts sur la fibrée cantilienne, on s’aperçoit que ce fils de Sea The Moon et d’une mère par Galileo n’est autre qu’un neveu… de la dernière « Diane » des Anglo-Arabes à 37.5%, Haya de Faust, sa grand-mère, Guarded, ayant rencontré certains des étalons arabes stationnés au Haras de Saint-Faust de la famille Larrieu, dans le Sud-Ouest.

 

Gagarin’s Moon, auteur de débuts victorieux, hier, avec Stéphane Pasquier, sur la fibrée cantilienne (© APRH)

 

Nous sommes le jeudi 04 février 2021 à Chantilly, dans l’Oise. Il est passé 11h20 lorsque les onze poulains de 3 ans du Prix du Parc Laversin voient s’ouvrir leur stalle de départ et se lancent à l’assaut des 1.900 mètres de la piste en sable fibré de l’hippodrome des Princes de Condé, le couteau entre les dents. Tous sont désireux d’enfin parvenir à débloquer leur compteur de victoires. Après s’être retrouvé à l’arrière-garde par le jeu des relais et avoir quelque peu flotté dans la ligne droite, quand les choses sérieuses ont démarré, Gagarin’s Moon est néanmoins parvenu à placer une belle pointe de vitesse dans les derniers mètres du parcours, terminant dans le bon balancier pour venir s’imposer d’une tête devant Gordian (Triple Threat), lui-même devançant d’une encolure Le Nomade (Mastercraftsman), finalement troisième. Un statut de maiden brisé donc pour ce pensionnaire du metteur au point cantilien Fabrice Chappet, certes encore un peu « vert », mais dont les dispositions affichées le matin à l’entraînement se sont d’ores et déjà concrétisées l’après-midi. De bon augure pour la suite !

 

 

Mais outre sa très plaisante fin de course fournie hier, à l’occasion de ses premiers pas en compétition, et son nom faisant sans nul doute référence au célèbre cosmonaute russe, Yuri Gagarin, premier homme à s’être envolé dans l’espace et  approché de très près la Lune, Gagarin’s Moon revêt d’un pedigree pour le moins atypique chez les pur-sang, étant le neveu de deux gagnants classiques… chez les Anglo-Arabes ! En effet, ce poulain de 3 ans, assez imposant physiquement, né et élevé au Haras du Mezeray pour le compte de son propriétaire, Rashit Shaykhutdinov, est un fils de Sea The Moon, étalon stationné à Lanwades Stud, en Angleterre, et de Gagarina, une fille de Galileo lauréate en débutant, en fin d’année de 2 ans sur l’hippodrome de Clairefontaine, parée de la même casaque rayée rouge et bleu clair du célèbre propriétaire russe.

 

Mère et fils sont tous deux des descendants d’une certaine Guarded, pur produit de l’élevage Juddmonte de feu le Prince Khalid Abdullah, qui n’a guère brillé en piste, terminant lointaine neuvième à Longhcamp de son unique sortie en compétition, mais s’est ensuite pleinement révélée comme poulinière, dans le Sud-Ouest, au Haras de Saint-Faust de la famille Larrieu, devenant la mère de huit produits, tous gagnants ! Parmi eux, six produits pur-sang anglais, où l’on retrouve les noms d’Attima et San Domenico, deux rejetons de Zafonic et Zamindar respectivement vainqueur de deux Gr.2 et d’une Listed aux États-Unis en plus d’une deuxième place en France dans le Prix la Rochette (Gr.3) pour la première nommée, et à créditer d’un premier accessit dans le Prix des Chênes (Gr.3) en sus de deux autres victoires pour le second.

Envoyée ensuite à deux reprises à Galileo, une fois à Montjeu et une autre fois à Iffraaj, Guarded n’a malheureusement plus rempli durant trois saisons de monte d’affilée, de 2012 à 2014, avant d’être de nouveau diagnostiquée pleine, en 2015, d’un produit de… Al Saoudi, étalon pur-sang arabe ! En effet, cet ancien pensionnaire d’Arnaud Chaillé-Chaillé en France, vainqueur notamment du Challenge Derby (Gr.1, PA) à Deauville avant de poursuivre sa moisson de victoires à haut-niveau aux Émirats Arabes Unis, a officié quelques saisons au Haras de Saint-Faust pour le compte de son propriétaire de Shadwell, le Cheikh Hamdan al Maktoum. Il y a donc rencontré Guarded, à qui le fait de rencontrer un étalon arabe pour la première fois a vraisemblablement donné un coup de fouet à sa libido et permis de procréer à nouveau, le fruit de leur union ayant donné Gégé de Faust, nommé avec humour en l’honneur de l’un de ses co-éleveurs, Gérard Larrieu, et resté invaincu à 3 ans en plat en deux sorties, remportant notamment à Dax le Prix Pierre et Benoît Vergez, sous la férule de David Morisson, la selle de Ioritz Mendizabal et la casaque rouge et blanche de Patrick Saint-Martin.

 

L’Anglo-Arabe Gégé de Faust, oncle de Gagarin’s Moon… (© Robert Polin)

 

Dans l’optique de répéter ce qui a marché, les frères LarrieuGérard et Jean-Paul, ont donc décidé de renvoyer Guarded à la saillie à un autre de leurs étalons arabes, en l’espèce de No Risk Al Maury, dont est issu son seul produit Anglo-Arabe à ce jour, la belle et bonne Haya de Faust. Pouliche aujourd’hui âgée de 4 ans et parée de la casaque à damier gris et grenat du Haras de Saint-Faust où elle est née et a grandi, cette dernière, placée entre les mains expertes de l’entraîneur palois Charles Gourdain, a notamment glané plusieurs accessits dans certaines épreuves du circuit classique chez les Anglo-Arabes de 3 ans, avant de briller de mille feux dans le Grand Prix des Pouliches à 37.5%, le Prix de Diane de cette race, lors de la dernière Journée des Ministères de Tarbes, en octobre dernier.

 

…et sa soeur, Haya de Faust, lauréate à Tarbes l’automne dernier du Grand Prix des Pouliches à 37.5%, avec tout à droite Jean-Paul Larrieu, à la tête du Haras de Saint-Faust, dans le Sud-Ouest

 

En envoyant l’une de leurs poulinières pur-sang anglais, bien qu’issue d’une souche de l’un des meilleurs élevages de chevaux de courses au monde (Juddmonte Farms) et devenue ensuite la mère de plusieurs gagnants, dont certains « black-type », chez les « purs », à un étalon arabe, les frères Larrieu ont fait honneur à leurs origines du Sud-Ouest, grande région d’élevage où il était de bon ton par le passé d’envoyer à la saillie des juments pur-sang anglais, prenant de l’âge ou très difficiles à remplir, à des étalons pur-sang arabes. Ainsi des étalons arabes de renom, comme Manganate ou encore Tidjani par exemple, ont rencontré un formdiable harem de poulinières pur-sang anglais au cours de leur carrière de reproducteurs, et ont engendré un important piquet de rejetons ayant fait les beaux jours – et continuent à le faire via leur descendance – à l’Anglo-Arabie française.

 

Gérard Larrieu, courtier bien connu en France, qui a décidé d’envoyer Guarded, la grand-mère de Gagarin’s Moon, a un étalon arabe ! (© gerard-larrieu.com)

 

Rien n’est jamais acquis d’avance dans les courses, tant du côté des verts écrins des hippodromes que de ceux des éleveurs de chevaux, quelque race que ce soit. Car le flair et l’inspiration de ces derniers peuvent certes parfois amener à des croisements pour le moins atypiques et originaux, comme affichés dans le pedigree de Gagarin’s Moon, mais dont il conviendrait bien de ne point se moquer ni même railler, les produits en résultant pouvant faire taire ces critiques de par leurs exploits en piste. D’ailleurs, le grand éleveur italien Federico Tesio n’a-t-il pas déclaré un jour: « Les pur-sangs existent car leur sélection dépend, non pas des experts, ni des techniciens ou des zoologistes, mais d’un simple bout de bois: le poteau d’arrivé du Derby d’Epsom » ? À bon entendeur…